‘Cultura geral’ é a lobotomia do ensino

«En quoi la philosophie peut servir à des mathématiciens, ou même à des musiciens – même et surtout quand elle ne parle pas de musique ou de mathématique

Je voudrais parler d’un aspect très particulier. Dans la situation traditionnelle, un professeur parle devant des étudiants qui commencent ou ont déjà un certain acquis d’une telle discipline. Ces étudiants participent à d’autres disciplines aussi; il y a également des enseignements interdisciplinaires, mais secondaires. En gros, les étudiants sont “jugés” par leur degré dans telle ou telle discipline abstraitement considérée.

A Vincennes, la situation est différente. Un professeur, par exemple de philosophie, parle devant un public qui comporte à des degrés divers des mathématiciens, des musiciens, de formation classique ou de pop-music, des psychologues, des historiens, etc. Or, au lieu de “mettre entre parenthèses” ces autres disciplines pour mieux accéder à celle qu’on prétend leur enseigner, les auditeurs, au contraire, attendent de la philosophie, par exemple, quelque chose qui leur servira personnellement ou viendra recouper leurs autres activités. La philosophie les concernera, non pas en fonction d’un degré qu’ils possèderaient dans ce type de savoir, même si c’est un degré zéro d’initiation, mais en fonction directe de leur souci, c’est-à-dire des autres matières ou matériaux dont ils ont déjà une certaine possession.

C’est donc pour eux-mêmes que les auditeurs viennent chercher quelque chose dans un enseignement. L’enseignement de la philosophie, ainsi, s’oriente directement sur la question de savoir en quoi la philosophie peut servir à des mathématiciens, ou à des musiciens, etc.- même et surtout quand elle ne parle pas de musique ou mathématiques.

Un tel enseignement n’est nullement de culture générale, il est pragmatique et expérimental, toujours hors de lui-même, précisément parce que les auditeurs sont amenés à intervenir en fonction de besoins ou d’apports qui sont les leurs.

Sur deux points importants, dès lors, Vincennes ne se trouve pas dans le même situation que d’autres facultés: d’une part, quant à la distinction des années d’études, puisque Vincennes a le moyen de faire coexister à un même niveau d’enseignement des auditeurs de qualification et d’âge différents; d’autre part, le problème de la sélection, puisque celle-ci, à Vincennes, peut se subordonner à une méthode de “triage”, où la direction d’une enseignement est constamment rapportée à des directions d’auditeurs. La présence de nombreux travailleurs, et de nombreux étrangers, confirme et renforce cette situation.

Alors, on objecte qu’un tel enseignement ne répond pas aux normes, et ne concerne pas un étudiant traditionnel, qui prétend légitimement acquérir la maîtrise d’une discipline en elle-même. Cette objection ne nous semble pas du tout fondée; il est au contraire du plus grand intérêt pédagogique de faire jouer à l’intérieur de chaque discipline ces résonances entre des niveaux et des domaines d’extériorité. Il n’y a pas d’auditeur ou d’étudiant qui n’arrive avec des domaines propres, sur lesquels la discipline enseignée doit “prendre” au lieu de les laisser de côté. C’est le seul moyen de saisir une matière en elle-même et de l’intérieur.

Loin de s’opposer aux normes exigées par le ministère, l’enseignement à Vincennes devrait faire partie de ces normes. Même si l’on s’en tenait au projet de la réforme de l’enseignement supérieur – instaurer des universités concurrentielles à l’américaine – il faudrait, non pas supprimer Vincennes, mais en créer trois ou quatre. Notamment un Vincennes-sciences, avec cette méthode d’enseignement, serait indispensable (beaucoup d’entre nous pourraient y aller comme auditeurs). Actuellement, cette méthode est liée en fait à une situation spécifique de Vincennes, à une histoire de Vincennes, mais que personne ne pourra supprimer sans faire disparaître aussi l’une des principales tentatives de renouvellement pédagogique en France. Ce qui nous menace, c’est une sorte de lobotomie de l’enseignement, des enseignants et des enseignés, à laquelle Vincennes oppose une capacité de résistance».

  

Ce texte, par Gilles Deleuze, est d’abord paru dans un ouvrage collectif publié sous la responsabilité de Jacqueline Brunet, Bernard Cassen, François Châtelet, Pierre Merlin et Madeleine Reberioux, “Vincennes ou le désir d’apprendre”, Paris, Éditions Alain Moreau, 1979, p.120-121 [Répris: “Deux régimes de fous”, Éditions Minuit, 2003, p.152-154].

Cet ouvrage entendait défendre l’existence et le projet initial de l’Université de Vincennes, tel que l’avait défini Edgar Faure, ministre de l’éducation. L’existence de l’université était alors menacée par le gouvernement de Giscard d’Estaing, en la personne d’Alice Saunier-Seinté et avec le soutien actif du maire de Paris, Jacques Chirac.

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2 thoughts on “‘Cultura geral’ é a lobotomia do ensino

  1. Por causa do título quebrei a minha regra e fiz um esforço enorme para tentar ler isto até ao fim. Francês, argh! Eu diria que na prática isto já é tentado nas escolas. Afinal o que é aquela secção toda dos dossiers de programa chamada “Interacção interdisciplinar”? Eu tive de “inventar” não sei quantas coisas para interagir com geografia, matemática, inglês… As matérias não devem ser estanques, devem ser meios para se introduzirem umas nas outras e resolverem contextos práticos e não apenas “bases de cultura geral”, embora também façam falta nessa vertente.

    A questão continua a ser que vai uma grande distância entre as intenções e a realização das mesmas. Pergunto-me quantos professores planeiam e realmente realizam uma interacção interdisciplinar, que tenha efeitos práticos. Eu obriguei os meus alunos a traduzirem as letras de músicas estrangeiras (Fazeis ideia do que estais a cantar?), a localizarem as origens e géneros no planisfério (Ok, o reggae é na Jamaica, sabeis onde isso fica? O que isso é?), a fazerem biografias históricas dos compositores (Quem é este senhor? O que ele fez na vida? Porque ele dizia estas coisas? Fazeis ideia do que se passava no mundo nesta altura?), a pesquisarem na biblioteca e na internet temas para responderem a questões concretas (O que é um “tenor”? E uma “balalaika”? Toca a trazerem-me a definição, fotos, etc. vasculhem onde quiserem!). Tentei pelo menos aplicar outras áreas na minha e vice-versa. Espero que seja isso que se pretendia…

  2. Este artigo vem publicado na revista do «Monde Diplomatique» deste mês, sob o título “Interdisciplinaridade”. Vês? Também a ti te sugeriu isso.

    Mas… ;-) será que é disso que se trata quando o autor rejeita o ensino da filosofia como “cultura geral” e o define como «pragmático e experimental»?

    Parece-me que todas as boas ideias que apresentaste como exemplo são apenas parte do processo descrito por Deleuze: passar da música para outros domínios científicos (matemática, geografia, etc.) e vice-versa, sendo os alunos julgados por essas aquisições «abstractas». Mas é a crítica do juízo e a experimentação o que continua a faltar.. e, como se refere no texto, não se entende por isto «universidades concorrenciais à americana»…

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