Sauve Badiou des eaux*

“C’est une histoire étrange que celle de mon non-rapport à Gilles Deleuze…”

Alain Badiou

 

«…the event, as that to which the power [puissance] of a thought is devoted, and/or that from which this power proceeds, has, after Sartre, become a common term for the greater number of contemporary philosophers. Other than through the critique of the phenomenology of consciousness, this term has been transmitted to us, on the side of truth-procedures, by the lasting fragment—in the 20th century—of four entangled motifs: that, in politics, of Revolution; in love, of erotic liberation; in the arts, of performance; and in the sciences, of the epistemological break. In philosophy, it can discerned as well in Wittgenstein (‘The world is everything which happens’4) as in Heidegger (being as being-on-the-way5, Ereignis). The idea is central in Deleuze, as it is in my own enterprise—but what a contrast!»

Alain Badiou, “The Event in Deleuze

 

“Anti-Oedipus is not a flashy Hegel. I think that Anti-Oedipus can best be read as an ‘art’”.

Michel Foucault, “Anti-Oedipus: an introduction to non-fascist life

 

«…the institutional partition of the philosophical world into two blocs, phenomenological and analytic (…). Ever since Husserl, this partition has been governed by an axiom of complementarity between the ‘phenomenology’ of the failure of logical formalism and the ‘analysis’ of the collapse of intentionality, in its theological reality as well as its philosophical impossibility. On this basis, I argued that the philosophical field with a grip on our present – in other words, contemporary philosophy as a political ontology of the present – could be, and must be, thought starting from the idea of a maximal ontological tension between Deleuze and Badiou. In my view, Deleuze and Badiou constitute the extreme polarities, not only of the contemporary domain of French philosophy, but perhaps of the real of thought as such, to the extent that thought, in accordance with the plurality of all its modalities, has no other choice today than to counter the pseudo-democracy of Empire with a materialist necessity that can no longer be elaborated except in terms of singularities and multiplicities. These are notions that our two philosophers entrust with absolutely antagonistic missions, renegotiating (remettant en jeu) the theoretical and practical sense of the very idea of materialism».

Eric Alliez, Anti-Oedipus Thirty Years On (Between Art and Politics)

 
«Car cet échange engage l’identité contemporaine de la philosophie dans un excès constituant à sa division institutionnelle en deux blocs, phénoménologique et analytique, selon une logique dont on commence à savoir qu’elle autorise toutes les alliances de forme et de contenu. Plus hors herméneutique du sujet et langue formulaire de l’objet, à l’écart de toute théorie de la communication posée comme «fin» de la philosophie et langage de secours de la science politique, les ontologies respectives de Deleuze et de Badiou marquent aujourd’hui de toute évidence les pôles extrêmes, hostiles absolument, du champ contemporain. Tel que ce dernier se laisse définir, en sa réalité encore mal nommée, dans l’urgence conflictuelle de la question d’un matérialisme supérieur. Pour libérer l’immanence – une Vie : Deleuze/la Décision: Badiou – des mille visages de la transcendance qui ont trop longtemps dévalué le mouvement de l’intelligence réelle».

Eric Alliez, “Badiou/Deleuze”

 

«Par quels chemins ce qui s’avère inacceptable chez Deleuze fait système avec ce qui prépare la pensée de Badiou? (…) L’alternative en forme d’impasse que Badiou impose à la lecture de Deleuze s’énonce donc ainsi: ou bien Deleuze pose absolument l’univocité – et la métaphysique; ou bien il affirme la différence – et doit nécessairement affirmer l’équivocité. (…)

Et cependant, Alain Badiou venait, dans de très belles pages (les meilleures du livre), de décrire “la méthode” deleuzienne, montrant comment elle refuse de s’enfermer dans des “formes catégorielles”; comment elle obéit à un mouvement incessant (“quand on a saisi le double mouvement descendant et ascendant, des étants à l’Être, puis de l’Être aux étants, on a en fait pensé le mouvement de l’Être lui-même, qui n’est que l’entre-deux, ou la différence, des deux mouvements” (p.63)); et comment ce mouvement échappe toujours aux déterminations catégorielles (“le combat propre de Deleuze (…): faire en sorte que l’apparente traversée d’une analytique qui joue tantôt sur la face univoque de l’Être (activité), tantôt sur celle du multiple équivoque des étants (passivité), ne soit jamais catégorielle. Ne jamais distribuer ou partager l’Être selon ces deux voies” (p.53). Lorsque la pensée “prend appui” sur ces oppositions catégorielles, “c’est que le mouvement de cette pensée est encore inachevé, incomplet, mutilé. Elle ne sera assurée d’elle-même que parvenue au point neutre où, actif et passif étant soumis à la distribution ontologique d’un sens impartageable, le simulacre (l’étant) est restitué à son errance égalitaire, laquelle neutralise en lui toute opposition dialectique, et le soustrait à tout rapport intériorisé (et donc à toute passivité, comme à toute activité)” (pp.53-54). Voilà qui décrit parfaitement le travail de Badiou sur l’oeuvre de Deleuze: il la réduit à des formes catégorielles en opposition figée, en mutilant et en arrêtant le mouvement de pensée deleuzien. (…)

On voit comment Badiou traite négligeament les “différences individuantes” – ce qui lui permet de poser l’Un, chez Deleuze, comme unité, au lieu d’y voir l’Être comme différence interne et processus de différenciation (C’est toute la conception de l’intensité comme emboîtement fractal de différences de potentiel qui est ainsi oubliée). (…) À tous les coups on pose l’Un comme principe d’unité (du multiple et non, comme le veut Deleuze, des multiplicités; du sens; de la puissance expressive de l’Être ; de l’éternité du vrai): voilà comment on construit l’image d’un Deleuze classique (p. 91) (qui a “l’intuition” pour méthode; qui ne vise qu’à bâtir une métaphysique du “fondement” ; préoccupé par les “noms de l’Être” ; “ascétique”, etc.), bref, d’un platonicien. (…) Il serait aisé de montrer qu’ “ascèse”, “mort” et ce que Badiou appelle la “monotonie” des concepts deleuziens ont des sens et des fonctions très différents de ceux qu’il leur attribue. (Par exemple, la “monotonie” : tout tient à “l’alphabet de pensée” de “Différence et Répétition”, et à la façon dont sa mise en pratique dans la production de Deleuze crée des concepts).»

José Gil, “Quatre méchantes notes sur un livre méchant”, in Dossier Badiou/Deleuze

Pour une réponse à cet article, voir notamment:
Alain Badiou, “Un, multiple, multiplicité(s)”

 

* I’m obviously thinking in Jean Renoir’s movie “Boudu sauvé des eaux“, demonstrating again that I’m not good with titles, as a certain Deleuzian teacher once told me.

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