Representation anthropomorphique du sexe

«Tout cet ensemble: Oedipe, différence sexuelle, castration, comme source de la différence, et grand distributeur d’Oedipe, c’est tout cet ensemble qui définit, non pas la sexualité mais la représentation anthropomorphique du sexe. Je veux dire qu’il n’y a pas de sexualité humaine, il n’y a d’humain que la représentation de la sexualité. C’est la représentation anthropomorphique du sexe qui culmine avec le phallus : le phallus est le principe fondamental de la représentation anthropomorphique du sexe. (…) Est-ce que la machine à castrer, la machine phallique et son rejeton oedipien, appartient à une illusion que la conscience est déterminée à le faire sur l’inconscient. La schizo-analyse doit atteindre le sexe non-humain… Toute introduction, même indirecte des chaînes de la forclusion, du manqué et du nom du père, me paraîtrait retomber dans le domaine d’une representation anthropomorphique du sexe. (…) Au niveau moléculaire de la schizo-analyse ou de l’inconscient délirant, impossible de reconnaître un homme d’un femme, non pas du tout en vertu d’une bisexualité, ce qui ne nous faitabsolument pas sortir de la représentation anthropomorphique, mais au niveau de tout à fait autre chose, à savoir: au niveau des n petits n sexes, alors là il est absolument impossible de reconnaître homme ou femme. Dans la représentation anthropomorphique il y a des hommes et des femmes, au niveau du sexe non-humain,il n’y a ni homme ni femme. Or, pour ma joie, un des auteurs qui passe pour des plus oedipiens, a su lire et pulvériser Oedipe d’une manière définitive: c’est Proust. Il y a un niveau de la sexualité, les rapports entre n sexes sont de telle nature. Homosexualité, hétérosexualité, homme, femme, cela n’a plus de sens : c’est comme des mots qu’on peut employer à un niveau et pas à un autre niveau, au niveau du sexe non humain, il ne peut connaître ni nom du père, ni forclusion, ni castration, ni … etc. Dans ces régions là, ces choses n’existent pas : cela ne concerne pas l’inconscient, cela fait partie des images que la conscience se fait de l’inconscient. En fait, sous le nom du père, il y a Jeanne d’Arc, il y a le président Schreber, il y a Mao, il y a les noms de l’histoire».

– Deleuze, Cours sur Anti-Oedipe et Mille Plateaux

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