Concept, afect, percept

«C’est que ON COMPREND PAS DU TOUT CE QUE C’EST QUE LA PHILOSOPHIE QUAND ON LA DÉFINIT SIMPLEMENT COMME UN ART… OU, UNE DISCIPLINE DES CONCEPTS… et pourtant elle est cela… C’est alors que je me raccroche à ce que l’on disait la dernière fois sur Nietzsche, mais la philosophie, c’est bien autre chose, parce que un concept, si vous traitez un concept tout seul, bon, ça a pas grand intérêt, c’est satisfaisant pour l’intelligence et puis voilà, et encore il faut aimer… comme ça. Mais, à mon avis, jamais les concept N’ONT ÉTÉ SÉPARABLES de deux autres choses, et ces deux autres choses, il faut les appeler, ne serait ce que pour l’harmonie de la comparaison, il faut les appeler des affects et des percepts. Et un concept, c’est zéro, mais zéro, zéro, zéro, si ça ne change pas la nature de vos affects. Premièrement et deuxièmement, si ça ne vous apporte pas de nouveaux percepts… Qu’est ce que ça veut dire ? Sentez que c’est très nietzschéen, là… Donc un concept, supposons, c’est quelque chose d’intelligible, c’est une intelligibilité… Je dis : tout concept doit être référé à un affect, et à tout concept, il faut demander… quels nouveaux affects m’apportes-tu ? Mais, ce serait rien ça encore, et vous verrez, il faut , seulement il le dit pas, vous avez un concept, bon, il ne le dit pas, les nouveaux affects qu’il apporte. C’est à vous… Les concepts, ils sont de différentes sortes, ils peuvent êtres SCIENTIFIQUES, ils peuvent être PHILOSOPHIQUES. Bon, j’entre pas dans la question : quelle différence y a, mettons, voilà… mais de toute manière, même quand c’est des concepts, scientifiques… tant que nous ne savons pas ce que ça change dans nos affects, on n’a pas encore compris le sens du concept. Je dirai qu’est-ce que c’est, la question, si je reprenais la question du sens ? Qu’est-ce ça veut dire le sens, le sens d’une proposition ? POUR TROUVER LE SENS D’UNE PROPOSITION, à mon avis, IL FAUT D’ABORD LA RAMENER À UN CONCEPT… ou il faut désigner le concept dont elle dépend, et ensuite, il faut découvrir deux choses : à quels affects ce concept est lié et qu’est-ce que ce concept me fait percevoir ? Sous entendu, que je ne percevais pas avant de cette façon.
En d’autres termes, TOUT CONCEPT EST INSÉPARABLE D’UN AFFECT ET D’UN PERCEPT… ou de plusieurs. Je veux dire : ce que vous êtes en droit de demander à la philosophie, si la philosophie vous intéresse, c’est que, lorsque l’on vous propose, ou ce que vous êtes en droit de demander à la science, également, c’est de vous donner, de vous inspirer de nouveaux affects, car de toutes manières elle le fera, même si vous ne le savez pas, alors il vaut mieux le savoir… et vous faire percevoir de nouvelles choses, vous inspirer de nouveaux affects. Là, je voudrais prendre des formules, des formules très fréquentes chez certains philosophes, c’est : augmenter, finalement, c’est augmenter, votre puissance d’exister… j’emploie là, comme un terme qui serait comme commun à Nietzsche et à… et à Spinoza : modifier votre puissance d’exister . (…)».

– Deleuze, Cours, 13/12/1983, “Kant, le temps, Nietzsche, Spinoza”.

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