Abztraqt

“Pin & Puq”, from “Extimolotion” – AbztraQt Sir Q (Meifumado, 2010)

 

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Intuição e intenção: crítica de Husserl a Brentano

«Husserl est déjà conscient de cette thèse dans les Études psychologiques, où il oppose précisément

l’intentionnalité, dont l’objet n’est pas immanent mais seulement visé,

à l’intuition, dont l’objet est immanent (…).

On pourrait aussi reformuler cette opposition ainsi :

il y a deux types de représentation (Vorstellungen) :

celles qui sont des intuitions

et celles qui ne le sont pas.

Les intuitions sont, selon Husserl, des vécus « qui n’intentionnent pas simplement leurs “objets”, mais qui les  contiennent effectivement en eux-mêmes comme des contenus immanents ».

Tous les autres vécus ont la particularité de « ne pas renfermer en eux leurs “objets” comme des contenus immanents (donc présents à la conscience), mais simplement de les intentionner », et Husserl appellera ces actes des  Repräsentationen2.

Cette lieutenance de l’objet à l’intention de l’acte peut se faire de trois manières
différentes :

par un signe,

par un concept ou

par une intuition partielle ou analogue.

Le rapport entre le représentant psychique et l’objet est dans chaque cas différent :

parfois il s’agit d’une analogie,

parfois d’un rapport de la partie au tout (c’est le cas où la  Repräsentanz  est intuitive ou conceptuelle),

mais dans le cas des signes le rapport est parfaitement arbitraire (il n’y a rien dans le signe qui indique l’objet).(…)

Les  Repräsentationen, dans lesquelles l’objet n’est pas donné mais simplement intentionné, s’opposent donc

aux intuitions, dans lesquelles le contenu coïncide avec l’objet.

Mais que le contenu coïncide effectivement avec l’objet visé,

cela n’arrive en effet que très rarement,

et jamais dans le cas de la perception externe, qui est toujours perspective, qui s’offre toujours par esquisses.

Husserl reconnaît cette difficulté : son concept d’intuition non intentionnelle, où l’objet est donné entièrement dans l’acte, est très éloigné de ce qu’on entend normalement par intuition. (…)

…l’intuition s’oppose à l’intentionnalité.

L’intuition est une  Vorstellung  proprement dite, qui pose sans distance son objet,

alors que l’intentionnalité se caractérise essentiellement par la présence dans l’acte d’un contenu qui renvoie au-delà de lui-même, à l’objet visé.

L’intention est donc une Repräsentation de l’objet

mais non une  Vorstellung.

Mais une analyse plus attentive de l’intuition amène Husserl à reconnaître que

l’intuition est elle-même une forme d’intentionnalité, et cela en deux sens.

Premièrement, l’intuition d’un objet est souvent un déroulement d’esquisses qui fait que chaque esquisse n’est qu’un représentant de l’objet intuitionné qui renvoie au-delà d’elle-même à toutes les autres esquisses du même objet.

Et deuxièmement, même là où l’objet visé est une intuition momentanée, par exemple d’un son particulier de la mélodie, il y a visée d’objet, c’est-à-dire que l’intuition a le format de l’intentionnalité.  (…)

Aussitôt la distinction entre  Vorstellung  et  Repräsentation  mise en place,

les deux types d’actes semblent se mélanger de nouveau.

Nous trouvons des caractères re-présentatifs dans l’intuition : chaque esquisse renvoie au-delà d’elle-même à l’objet dont elle est l’esquisse.

Le problème se pose cependant aussi, inversement, pour la  Repräsentation.  La  Repräsentation présuppose qu’il y a un certain contenu immanent à la conscience, qui ren-
voie à l’objet visé.

Mais, afin de réaliser ce renvoi, le contenu re-présentatif ne doit-il pas lui-même être d’abord intuitionné? (…)

Nous retrouvons donc, au cœur de l’acte de Repräsentation

une intuition

et, inversement,

nous trouvons dans l’intuition

des contenus re-présentatifs. (…)

La réponse de Husserl est claire: un contenu intuitif immanent d’un acte peut remplir deux tâches.

Ou bien il est l’objet même de l’acte auquel il est immanent, et dans ce cas l’acte est une Vorstellung proprement dite, une intuition.

Ou bien il est un simple contenu re-présentatif, et alors il renvoie simplement à l’objet visé par l’acte. Dans ce cas l’acte est une Repräsentation.

Mais le même contenu ne peut pas jouer à la fois les deux rôles :

ou bien il est intuitionné et donc il remplit la visée d’un acte d’intuition,

ou bien il re-présente l’objet, il renvoie au remplissement intuitif de l’acte, mais dans ce cas il ne constitue pas lui-même ce remplissement.

Il y a donc, pour résumer, deux rapports étroits entre  Repräsentation  et intuition, qui ne se confondent pas:

d’un part, la  Repräsentation  est, elle-même, un contenu intuitif,

d’autre part, elle renvoie à une intuition remplissante.

Mais dans les deux rapports

la  Repräsentation  se distingue radicalement de l’intuition :

quand le contenu est intuitionné il ne renvoie pas à autre chose qu’à lui-même,

et inversement, quand il devient  Repräsentation  il cesse d’être intuitionné pour lui-même. (…)

L’intuition a été à cette époque reconnue comme une modalité intentionnelle de plein droit,

alors que les sensations momentanées sont repoussées dans une zone infra-intentionnelle.

Aussi, le contenu de l’acte intentionnel est décrit de manière plus précise.

Un acte intentionnel se compose

d’une partie essentielle, c’est-à-dire répétable à l’identique dans une infinité d’occurrences différentes,              [reenvia à iterabilidade]

et d’une partie inessentielle.

La partie essentielle, ou l’essence intentionnelle, se compose de deux éléments non autonomes :

la qualité

et la matière de l’acte.

La qualité de l’acte détermine de quel  type d’acte il s’agit : si c’est une
représentation, un jugement, un désir, etc.

La matière détermine le rapport de l’acte à son objet2. (…)

Le paradoxe est donc que, si la représentation se trouve à la base de tout autre acte,

ou bien elle n’est pas elle-même un acte, composé de qualité et matière, car alors elle devrait, à son tour, avoir une représentation à sa base ;

ou bien elle est un acte, mais alors elle ne constitue pas la base de tout autre acte, elle ne fournit pas la matière de tout autre acte. (…)

Dans la première partie de la thèse brentanienne (« tout acte est une représentation »), on entend par représentation une espèce d’acte,

alors que dans la seconde (« tout acte repose sur une représentation »), on parle de la simple matière d’acte.

Si, en effet, on entend par cette seconde partie le faite que tout acte intentionnel a une matière à sa base, tout paradoxe disparaît2. (…)

Pour échapper au paradoxe, Husserl fera une distinction entre la représentation en tant qu’acte

et la matière intentionnelle en tant que partie non autonome de l’acte. (…)

Vorstellung et Repräsentation ne nomment plus deux catégories d’acte juxtaposées, comme en 1894,

mais leur rapport d’opposition

est aussi un rapport d’inclusion : la Repräsentation est une composante de la Vorstellung1. (…)

Husserl parle, dans le cas des intuitions, de plénitude

et oppose cette catégorie d’actes

aux actes de signification qui sont « vides » au sens où aucune partie de l’objet n’est
effectivement présente en eux.

Le remplissement dans ce contexte n’est plus une question concernant simplement le sens :

il est la synthèse

qui fait qu’un acte de signification, vide,

trouve sa plénitude par l’association avec un acte intuitif visant le même objet. (…)

Un acte complet est donc constitué d’une qualité et d’une Repräsentation.

S’il s’agit d’un acte de signification,

la Repräsentation n’est que la matière intentionnelle.

S’il s’agit d’une intuition,

la  Repräsentation  est une combinaison

de matière (que Husserl appelle dans ce contexte « sens d’appréhension »)

et d’intuition,

ou simplement une combinaison

de signification

et d’esquisses de l’objet1. (…)

Husserl est parvenu donc, avec son concept de  Repräsentation,

à combattre la thèse brentanienne du privilège de la représentation (dans la RLV)

tout en conservant le rapport entre l’intentionnalité et l’objet

par sa conception du remplissement dans la RLVI.

Mais la question qui se pose est justement de savoir si ces deux prétentions peuvent être maintenues ensemble.

En effet, la position de la  RLVI, qui rétablit le rapport réel aux objets là où la  RLV l’avait perdu de vue,

fait  revenir subrepticement une conception psychologiste de la représentation, et notamment la même conception que celle de 1894. (…)

Le concept de  Repräsentation  semble avoir fait un cercle complet entre 1894 et 1901. (…)

Il me semble donc, pour conclure,  qu’il y a une tension interne aux Recherches logiques

qui est directement reliée à la critique des deux thèses brentaniennes sur l’intentionnalité.

En effet, on ne peut pas tenir une position logique sur les actes intentionnels, comme celle de la  RLV

et, à la fois,

expliquer comment les intentions aboutissent effectivement à toucher à la réalité des choses.

Ou bien on accepte le point de vue logique de la  RLV

selon lequel tout acte a à sa base une Repräsentation, mais cela signifie simplement que tout acte contient une signification de l’objet visé (c’est-à-dire la matière) ;

ou bien on reprend la position de la RLVI

selon laquelle la Repräsentation contient certains aspects intuitifs de l’objet lui-même qui se retrouvent effectivement dans l’acte.

Mais dans ce cas on doit assumer le psychologisme de cette position

et renoncer à la critique anti-psychologiste de l’immanence de l’objet.»

– Maria Gyemant, Repräsentation et intentionnalité: Sur l’impossibilité de purger l’intentionnalité de tout objet immanent, Volume VI (2010), Numéro 8 (Série Actes, 3: Questions d’intentionnalité), p. 29-45, PDF 83 Ko.

Spinoza vs. Leibniz

«”Mais Leibniz est de la grande tradition rationaliste.
Imaginez Leibniz : il y a quelque chose d’effarant.
C’est le philosophe de l’ordre ; bien plus, de l’ordre et de la police, dans tous les sens du mot police.
Au premier sens du mot police surtout, à savoir l’organisation ordonnée de la cité. Il ne pense qu’en termes d’ordre.
(…)
Il y a une visite Leibniz-Spinoza (lui c’est l’anti-Leibniz): Leibniz fait lire des manuscrits, on imagine Spinoza exaspéré se demandant ce que veut ce type là. Là-dessus quand Spinoza est attaqué Leibniz dit qu’il n’est jamais allé le voir, il dit que c’était pour le surveiller…

Abominable. Leibniz est abominable. (…)»

– Deleuze, Cours.

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«Si SPINOZA se distingue essencialmente de LEIBNIZ

es porque ÉSTE, cercano a una inspiración barroca, ve en lo OSCURO («fuscum sub nigrum») una matriz, una premisa, de donde saldrán el CLAROSCURO, los colores y hasta la luz.

En SPINOZA, por el contrario, todo es LUZ,

y lo Oscuro no es más que SOMBRA, un mero efecto de luz, un límite de la luz sobre unos cuerpos que la reflejan (afección) o la absorben (afecto):

estamos más cerca de Bizancio que del Barroco.

En vez de una LUZ que sale de los grados de sombra por acumulación del rojo, tenemos una luz que crea grados de sombra azul.

El propio CLAROSCURO es un efecto de esclarecimiento o de oscurecimiento de la sombra:

son las variaciones de potencia o los SIGNOS VECTORIALES los que constituyen los grados de claroscuro, pues el AUMENTO DE POTENCIA es un esclarecimiento,

y la merma de potencia un oscurecimiento.»

– Deleuze, Critique et clinique (1993). Trans. Essays Critical and Clinical (1997).

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«…we must take in account of 2 basic factors in LEIBNIZ’s conception of expression:

ANALOGY, which primarily expresses different types of unity relative to the multiplicities they involve,

and HARMONY, which primarily expresses the way multiplicity corresponds in every case to an underlying unity

This all forms a “SYMBOLIC” philosophy of expression

is inseparable from SIGNS of its transformation,

and from the obscure areas in which it is plunged.

What is distinct and what confused vary in each expression

(mutual expression means, in particular, that what a monad expresses confusedly, another expresses distinctly).

SUCH A SYMBOLIC PHILOSOPHY
IS NECESSARILY a PHILOSOPHY of EQUIVOCAL EXPRESSIONS.

And rather than opposing Leibniz and Spinoza by citing the Leibniz themes of possibility and finality, it seems to me ESSENTIAL to bring out this concrete point concerning the way understands and operates with the phenomenon of expression, for all the other themes and concepts flow from it.

(…)

If LEIBNIZ’s pre-established harmony and SPINOZA’s PARALLELISM

both break with the assumption
of a real causality between soul and body

the fundamental DIFFERENCE between them still lies here:

THE DIVISION into ACTIONS and PASSIONS

remains in LEIBNIZ what it was according to the TRADITIONAL assumption (the body suffering when the soul acts, and vice versa) –

while SPINOZA in practice OVERTURNS all the division, asserting a PARITY between

the soul’s passion and the body’s,

and between the body’s action and the soul’s.

For the relation of expression holds in Spinoza
ONLY BETWEEN EQUAL TERMS

HEREIN lies the TRUE SENSE of this PARALLELISM:

NO SERIES IS EVER EMINENT (…)

FAR FROM perfection implying “ANALOGY or “SYMBOLIZATION” in which the more perfect term would exist on another qualitative level than the less perfect,

it implies only IMMANENT QUANTITATIVE processing which the more perfect term exists IN the more perfect, that is, IN and UNDER the same UNIVOCAL form that constitutes the essence of the more perfect term (this is also, as we have seen,

the sense in which Leibniz’s theory of QUALITATIVE INDIVIDUATION,

should be OPPOSED

to Spinoza’s theory of QUATITAIVE INDIVIDUATION, without our concluding, of course, that the MODE has any less AUTONOMY than a MONAD».

– DELEUZE, Spinoza et le problème de l’expression (1968) Trans. Expressionism in Philosophy: Spinoza (1990). P.331

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«My belief is theistic, not pantheistic, following Leibniz rather than Spinoza.»

– Kurt Gödel

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Em síntese (por Híbrido Mutante):

“Ambos, Espinosa E Leibniz, se contrapõem a Descartes, construindo o Expressionismo em Filosofia (tal como Fichte e Schelling o vão fazer depois de Kant – comparação feita por Deleuze).

Mas depois é necessário não os confundir e descartar a filosofia simbólica de Leibniz (com sua harmonia “ontológica”, sua analogia “epistemológica”, suas “hierarquias”, sua relação alma-corpo inversa, seus “signos”, suas monadas, sua individuação qualitativa, sua EQUIVOCIDADE) pelo rigoroso paralelismo de Espinosa, sua quantidade imanente, sua paridade nas relações alma-corpo, sua univocidade…

Como fazer um pensamento sem “alto e baixo”? Sem transcendente?”

Intentionalité et intensionalité

«Ce sont, on le sait, globalement les mêmes questions philosophiques qui sont à l’origine,

d’une part, de la thèse de l’intentionalité des phénomènes psychiques formulée dans l’école de Franz Brentano

et, d’autre part, de la thèse de l’intensionalité de certaines expressions linguistiques développée dans l’école de Gottlob Frege.

Dans les deux cas, il s’agit de rendre compte

de la capacité qu’ont les actes mentaux

et les signes linguistiques de « se rapporter à » ou de « viser » (meinen)

des contenus sémantiques, lesquels doivent par ailleurs être distingués

des objets réels qui peuvent éventuellement les exemplifier. (…)

Avec la radicalisation russellienne de l’analyse logique de Frege, le paysage ontologique se raréfie donc drastiquement: dans “l’ameublement du monde”, c’est-à-dire dans le domaine des arguments pour les fonctions propositionnelles du langage, on ne trouve que des objets singuliers qui peuvent être connus “immédiatement” (by acquaintance); les objets généraux, et même les objets singuliers connus par description, n’enrichissent pas l’ontologie (et n’ont de valeur que classificatoire), car ils sont en fait de nature conceptuelle et doivent donc eux-mêmes être satisfaits par — trouver leur extension parmi — les objets au sens propre. Telle est, on le sait, l’analyse logique et ontologique qui va dominer toute la philosophie analytique, jusqu’au moins Quine. (…)

Ces nouvelles analyses logiques — dites « meinongiennes » —, qui remettent en question des parts plus ou moins grandes de l’analyse frégéo-russellienne, semblent tout particulièrement utiles pour rendre compte de toute une série d’énoncés vrais portant sur des objets inexistants ou inconsistants (…). Or, il semble bien en effet que ce soit précisément sur ce terrain des logiques modales — où “c’est l’intension qui compte” — que les analyses “meinongiennes” trouvent leur principal point d’intérêt. Car, en fait, ce n’est pas seulement lorsqu’il s’agit de se prononcer sur le statut ontologique des objets inexistants ou inconsistants ou lorsqu’il s’agit de leur d’attribuer leurs propriétés caractérisantes qu’il peut être utile de traiter ces noyaux de sens comme d’authentiques objets logiques; c’est aussi et surtout lorsque de tels noyaux de sens interviennent dans des contextes intensionnels caractérisés par ce que Quine appelle l’ “opacité  référentielle”. (…)

…le sens et pas seulement la référence des expressions linguistiques compte pour déterminer la valeur de vérité des énoncés. (…)

Carnap modifie quelque peu cette théorie frégéenne (que Richard Routley qualifie de « théorie de la double référence » et dont il montre toute la difficulté) et affirme plutôt que de telles expressions ont, dans tous les cas, une extension et une intension, mais que, dans certains contextes, c’est leur intension et, dans d’autres, leur extension, qui intervient pour déterminer la valeur de vérité des énoncés. La perspective, on le voit, est très différente de celle de Barcan et Kripke. (…)»

Routley s’en prend durement à la théorie russellienne des descriptions définies; contrairement à ce que soutient Russell, l’astre brillant du matin est un authentique objet comme l’est Vénus, et tous deux sont de la même manière directement désignés par les expressions linguistiques correspondantes (“l’astre brillant du matin”, “Vénus”). (…) Pour Routley, donc, l’astre brillant du matin est un objet aussi authentique que Vénus (…). Tous peuvent notamment être les objets d’actes intentionnels (croyances, désirs, craintes, etc.) et, en  tant que tels, être les sujets logiques authentiques de propositions intensionnelles (…).

L’astre brillant du matin et l’astre brillant du soir, caractérisés comme tels, sont distincts l’un de l’autre, puisque le premier est incomplet à l’égard de la propriété de briller le soir que possède le second et celui-ci incomplet à l’égard de la propriété de briller le matin que possède celui-là. (…)

On peut cependant se demander alors ce qu’on a gagné par rapport à Carnap. Les deux types d’identité qu’envisage Routley (identité des objets meinongiens qui ont les mêmes propriétés caractérisantes, d’une part, et identité des objets meinongiens qui sont exemplifiés par les mêmes objets réels dans le monde actuel, d’autre part) recoupent en effet exactement la L-équivalence et la F-équivalence de Meaning and necessity. Sauf qu’au lieu de parler de concepts caractérisés par certains traits définitoires, et des éventuels

rapports de  spécification qu’entretiennent ces concepts entre eux, on parle désormais d’objets particuliers (abstraits ou fictifs) réduits à leurs propriétés caractérisantes, et de leurs rapports mutuels d’exemplification. Et plutôt que dire que certains objets réels (singuliers) satisfont des concepts (lesquels sont toujours généraux), on dit que certains objets existants (particuliers) exemplifient certains objets abstraits (lesquels sont dits « singuliers » mais pas « particuliers », à défaut d’être complets)…»

– Bruno Leclercq, “Quand c’est l’intension qui compte: Opacité référentielle et intentionalité”, Volume VI (2010), Numéro 8 (Série Actes, 3: Questions d’intentionnalité), p. 83-108, PDF 155 Ko

Nietzsche on ‘free will’

«Today we no longer have any pity for the concept of “free will”: we know only too well what it really is — the foulest of all theologians’ artifices, aimed at making mankind “responsible” in their sense, that is, dependent upon them. (…) The doctrine of the will has been invented essentially for the purpose of punishment, that is, because one wanted to impute guilt. The entire old psychology, the psychology of will, was conditioned by the fact that its originators, the priests at the head of ancient communities, wanted to create for themselves the right to punish — or wanted to create this right for God. Men were considered “free” so that they might be judged and punished — so that they might become guilty: consequently, every act had to be considered as willed, and the origin of every act had to be considered as lying within the consciousness (and thus the most fundamental counterfeit in psychologicis was made the principle of psychology itself ).»

– Nietzsche, “Twilight of the Idols”, The Four Great Errors, 7

 

«I have a precursor, and what a precursor! I hardly knew Spinoza: that I should have turned to him just now, was inspired by “instinct.” Not only is his over-all tendency like mine — making knowledge the most powerful affect — but in five main points of his doctrine I recognize myself; this most unusual and loneliest thinker is closest to me precisely in these matters: he denies the freedom of the will, teleology, the moral world order, the unegoistic, and evil. Even though the divergencies are admittedly tremendous, they are due more to the difference in time, culture, and science. In summa: my lonesomeness, which, as on very high mountains, often made it hard for me to breathe and made my blood rush out, is now at least a twosomeness. Strange.»

– Nietzsche, letter to Overbeck, 1881.