O grito

Grito no meio da noite, involuntário, sem razão aparente, sem testemunha que o confirme senão eu.

Terei gritado? Mas eu dormia, dormia sem sonhos nem pesadelos.

Pânico súbito, não medo, mas expressão imediata.

Força saída do inconsciente directamente para o corpo sem mente.

Grito de meia-noite: a boca, a boca que se abria no ritual egípcio do “Livro dos Mortos”.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/5/56/Study_after_Velazquez's_Portrait_of_Pope_Innocent_X.jpg

Honestidade intelectual

«Em “Mille plateaux” (op. cit.), há um capítulo inteiro consagrado ao tema: “Como fazer para si próprio um CsO?”. No entanto, depois da leitura dessas páginas tão densas,
permanece o mistério a propósito de “aquilo que se deveria fazer” para esquivar os
estratos e construir o corpo pleno (p. 199). É que continuamos a não ver
que transformações se devem fazer sofrer ao corpo para que este se torne
um plano de imanência.»

– José Gil, “Movimento Total”, 2002, nota de rodapé 6, p. 60.

Desejo e acontecimento

O que desejo não acontece.

Claro que o ideal seria aprender a desejar somente o que acontece.

Mas o ideal também não acontece.

Abismo total entre desejo e acontecimento.

Desejos que não acontecem.

Acontecimentos que não desejo.

Ah, mas se, por um supremo acaso, desejo e acontecimento se encontrassem, não haveria mais ideal!

O que fazer para que o desejo, de forma subreptícia, determine ou suavize o acontecimento?

Escrever, nada mais do que escrever… e aguardar o porvir, abertamente.

‘Être digne de ce qui nous arrive’

Pour ‘il’

«… que-ce que c’est des lignes de fuite? comment on vit sur des lignes de fuite ? que-ce que ça veut dire au juste, et surtout comment la ligne de fuite ou comment les lignes de fuites risquent de tourner et court un danger qui leur est propre. Je disais en gros pour ceux qui n’étaient pas là, je disais : bien oui, le problème d’une analyse, c’est peut-être pas du tout de faire une “psychanalyse”, mais de faire par exemple, on peut concevoir autre chose, une “géo-analyse”. Et une géo-analyse c’est précisément, ça part d’une idée suivante : c’est que les gens, que ce soient les individus ou les groupes, ils sont composés de lignes. C’est une analyse de linéaments, tracer les lignes de quelqu’un, à la lettre, faire la carte de quelqu’un. (…)

Il me semble, on pourrait concevoir les gens comme des “mains”. Chacun de nous c’est comme une main ou plusieurs mains. On a des lignes, alors ces lignes ne disent pas l’avenir parce qu’elles préexistent pas, mais il y a des lignes, bon, de toutes sortes de natures, et entre autres il y a des lignes qu’on peut appeler de bordures, de pentes ou de fuites. (…)

A savoir les lignes de fuite, elles ont toujours une potentialité, une espèce de puissance, de possibilité de tourner en ligne de destruction, en ligne de désespoir et de destruction. Alors que – j’ai essayé d’expliquer la dernière fois – que pour moi en tout cas, c’était des lignes de vie, c’était avant tout là, et sur ces “pointes”, sur ces “pointes de fuite” c’était là que se faisait et se créait la vie. Or c’est en même temps, là, que la ligne de fuite risque de tourner en ligne de mort, en ligne de destruction, tout ça. (…)

… je devenais très moraliste, mais pour moi ça n’a aucun inconvénient, puisque je parlais de dignité, de: qu’est ce qu’il y a d’indigne dans le culte de la mort? que-ce que c’est ce culte de la mort qui tout d’un coup détourne une ligne de fuite ? L’ensable, l’empêtre, ou bien une ligne de fuite – imaginez même graphiquement – qui tout d’un coup tourne et se précipite dans une espèce de – il n’y a pas de meilleur mot – de “trou noir“. Tout ça arrive. (…)

Rappelez vous les mots d’Unamuno que je trouve tellement beaux, lorsque Unamuno, les généraux franquistes entrant et criant « vive la mort ! », Unamuno répond, «je ne jamais entendu à un cri aussi stupide et répugnant». (…)

Je dis mais c’est dégoûtant, c’est sale quoi, c’est pire que immoral, c’est sale, c’est de la merde, enfin voilà… C’est dégoûtant quoi, c’est dégoûtant. (…)

Maurice Blanchot, dans un de ces livres « La Part du feu » écrit ceci. C’est un texte à propos de Kafka. Et voilà c’est qu’il écrit à propos de Kafka. Écoutez bien, c’est de ça que je voudrais partir juste : « il ne me suffit donc pas d’écrire, il ne me suffit donc pas d’écrire, “je” suis malheureux ». « Il ne me suffit dont pas d’écrire, je suis malheureux », « tant que je n’écris rien d’autre que je suis malheureux, tant que je n’écris rien d’autre, je suis trop près de moi, trop près de mon malheur, pour que ce malheur devienne vraiment le mien ». (…)

“Ce n’est qu’à partir du moment où j’en arrive à cette substitution étrange, « Il » est malheureux, que le langage commence à se constituer en langage malheureux pour moi, à esquisser, à projeter lentement le monde du malheur tel qui se réalise en lui”. C’est seulement quand je dis, « il est malheureux », que ce malheur devient le mien sur le mode du langage, c’est-à-dire que commence à se constituer, le monde auquel appartient ce malheur. Donc, ce n’est qu’à partir du moment où j’en arrive à cette substitution étrange, « il est malheureux » que le langage commence à se constituer en langage malheureux pour moi, à esquisser, à projeter lentement le monde du malheur tel qui se réalise en lui. (…)

Vous voyez, il dit pas du tout : il faut pas dire « je », il faut s’occuper des autres. Il faut dire c’est seulement “il dit”, seulement lorsque je dis, « il est malheureux » que ce malheur devient effectivement le mien sur un certain mode. Alors peut être, je me sentirai en cause et ma douleur s’ éprouvera sur ce monde d’où elle est absente. (…)

Et en quoi ça concerne Kafka ? Et bien il dit : c’est ça les récits de Kafka. C‘est que Kafka s’exprime dans ses récits par cette distance “incommensurable” – cette distance qui sépare le “je” du “il”. Il s’exprime dans ce récit par cette distance incommensurable et par l’impossibilité où il est de s’y reconnaître. En d’autres termes : il a atteint le point ou il est dessaisi, dira Blanchot dans un autre texte, la formule là est très belle, où il est dessaisi du pouvoir de dire « je ». Atteindre au point où je suis dessaisis du pouvoir de dire « je ». Bon, alors, on a fait juste un petit progrès, ce serait ça le « il ». Le « il » c’est le point où je suis dessaisi du pouvoir de dire « je ». (…)

C’est que ce « il », si je le définis comme le point où je suis dessaisi du pouvoir de dire « je », c’est précisément la ligne de fuite. En d’autres termes le « il », c’est l’expression, l’exprimant de la ligne de fuite. (…)

C’est pas le fait que je dis « je » ou pas. Je peux toujours continuer à dire « je », aucune importance. C’est même bête les gens qui croient que les choses passent tellement par le langage explicite. (…)

D’une certaine manière on est tous comme Galilée, on dit tous; le soleil se lève, alors qu’on sait très bien que c’est pas le soleil qui se lève et que c’est la terre qui tourne. Bon eh bah, il faut arriver à dire « je » de la même manière. Ça n’empêche pas de dire « je » parce que c’est un indicateur commode, c’est un index. C’est un index linguistique, bon d’accord. (…)

Que-ce que ce serait cet « il » qu’il n’est plus de la troisième personne ? Ce serait là le « il » de Kafka, ce serait là le « il » que Blanchot a essayé de retrouver. (…)

…que-ce que c’est cet « il » de la troisième, qui n’est plus d’aucune personne ? Je dis que, loin que ce soit un « il » de l’anonyme, ça serait au contraire un « il » de la singularité la plus pur. Ça serait un « il » de la pure singularité. C’est-à-dire, de la singularité détachée de toute personne. (…)

Tout passe comme si Blanchot nous disait « Qu’est-ce que c’est que cette personnologie qu’on met dans? » et Il dit, il nous dit explicitement : toute la littérature dite moderne a été contre ce mouvement. Toute la littérature dite moderne ou tout ce qui compte selon lui dans la littérature moderne, a été dans le mouvement inverse qui consistait à dépasser le « je » et le “tu” vers un « il » de la troisième personne. Et le « il » de la troisième personne vers un « il » encore plus profond qui n’est plus d’aucune personne. (…)

Il faudrait que Blanchot, fasse la tentative très différente mais comme inverse : montrer que dans le « il » de la troisième personne il y a un « il » beaucoup plus profond qui est le « il » qui n’est plus d’aucune personne et qui nous concerne tous et qui – je ne dirais plus à ce moment-là – est le centre du langage, mais est au bord de langage, est le tenseur du langage, assure la tension périphérique de la langage, toute la tention superficielle de la langage, au point que le langage serait comme aplati, tendrait vers sa propre limite. Et en effet tous les auteurs dont il se réclame comme ayant maniés ce « il » mystérieux, Kafka et d’autres. (…)

Et puis, qu’est-ce que ce serait, ce « il » ? (…)

Il pleut. Qu’est-ce que ce serait, ce « il » ? Qu’est-ce que c’est ce signe-là ? ça ne désigne plus une personne. Ca designe quoi ? Ca designe un événement. Il y a donc le « il » de l’événement. Vous retrouvez ce « il » de l’événement dans la formule “Il y a”. Ce serait curieux de voir que les personnologistes eux, font dépendre le « il y a », le traitent comme un shifter, c’est-à-dire le font dépendre du « je ». On n’en est pas là. “Il y a” ou « il » de « il pleut » renvoie à un évènement. Un évènement c’est pas une personne. Pourtant est-ce que c’est l’anonyme ? Si vous vous rappellez, ce que je disais tout à l’heure, on retrouve en plein le problème là, non ! C’est pas l’anonyme. C’est pas de l’universel. Un évènement, c’est au contraire extraordinairement singulier et c’est individué. Voilà, il faut dire que l’individuation de l’évènement c’est pas du même type que l’individuation de la personne. (…)

Je crois que beaucoup d’auteurs anglais, au moins passent, frôlent cette idée que : non, finalement le secret de l’individuation c’est pas la personne, que la véritable individuation, c’est celle des événements. C’est une drôle d’idée. (…)

Qu’est-ce qu’ils veulent dire ? Il veulent dire que même les personnes – ils font la dérivation inverse – Il disent que même les personnes sont individuées à la manière d’événements. Simplement ça ne se voit pas ! On a tellement de mauvaises habitudes, on se prend pour des personnes. Mais on n’est pas des personnes. On est à notre manière des petits événements. Et si on est individué, c’est à la manière d’événement, c’est pas à la manière de personnes. (…)

Qu’est-ce que c’est que ce mode d’individuation qui, à mon avis, ne passait pas du tout par les personnes? (…)

Ce qui a été fondamentalement, ou ce qui est fondamentalement, indexé d’un nom propre, c’est pas des personnes, c’est des évènements. (…)

Je dis pas toujours, dans beaucoup, chez beaucoup de romanciers anglais, les personnages ne sont pas des personnages. (…) Mais dans beaucoup de romans anglais, à beaucoup de moments, surtout aux moments principaux, les personnages ne sont pas traités comme des personnes. Il ne sont pas individués comme des personnes. C’est pas une personne. C’est absolument l’équivalent d’un vent. C’est un vent qui passe. (…)

…c’est Shopenhauer qui chantait, le malheur de l’individuation, mais l’individuation étant conçue comme l’individuation de la personne et l’abîme indifférencié. Et Nietzsche, jeune, sera pris là-dedans et “La Naissance de la Tragédie” en reste encore à ces coordonnées. Très vite, Nietzsche se dit qu’il y a une autre voie. C’est pas une voie moyenne. C’est une toute autre voie qui bouleverse les données du problème. Il dit : “mais non, le choix, il n’est pas entre l’individuation de personne et l’abîme indifferencié. Il y a un autre mode d’individuation“. (…)

Une individuation de l’événement qui ne ramène pas une individuation de personne. En quoi il y a une morale ? Il y a une morale, partout, dans la personnologie que je decrivais tout à l’heure, il y a toute une morale. Comprenez ? Comprenez Benveniste est un moraliste du langage. C’est un moraliste du langage, simplement son moralisme est un moralisme de la personne. Dans l’autre cas, il y a peut-être autant de morale mais il se trouve que c’est pas vraiment la même. C’est ni la même dignité, c’est pas la même sagesse, c’est pas la même dissipation.., c’est pas la même non-sagesse, c’est pas.. tout change. (…)

Si l’on dit maintenant, ben, vous voyez, le nom propre il désigne avant tout des événements. Il désigne des vents, il désigne des événements. Il ne désigne pas des personnes. C’est seulement et secondairement en dernier lieu qu’il désigne des personnes. C’est-à-dire on fait l’anti-Benveniste, c’est pas pour ou contre Benveniste. C’est parce qu’on tient un autre chemin. (…)

A ce moment-là, j’ai dit presque l’individuation sur le mode de la personne, qu’est-ce que ce serait ? Uniquement, uniquement, une fiction linguistique, ça n’existe pas. (…)

Joe Bousquet, c’est un auteur trés curieux, c’est beau c’est beau. Il a reçu une blessure, par l’éclat d’obus, pendant la guerre de 14/18. (…) Et voilà une phrase de Bousquet qui parait bizarre. Il dit « ma blessure », ma blessure me pré-existait, j’était né pour l’incarner”. (…) S’il peut vouloir dire, il me semble qu’il explique si bien lui-même, on le sent bien, c’est qu’un évènement n’existe que comme effectué. Il n’y a pas d’événement non-effectué. Ça, d’accord. Il n’y a pas d’”Idée platonicienne de la blessure”. Mais en même temps, il faut dire les deux, il y a dans l’événement toujours une part qui dépasse, qui déborde sa propre effectuation. (…) Un événement n’existe que comme effectué dans des personnes et des choses… des personnes et des états de choses. (…) Et en même temps, je dois soutenir que dans tout événement si petit qu’il soit, si insignifiant qu’il soit, il y a quelque chose qui déborde son effectuation. Il y a quelque chose qui n’est pas effectuable. Je ne peux pas aller trop loin. Qu’est-ce que ce serait, ce quelque chose qui n’est pas effectuable ? Est-ce que ce serait pas ce que j’appellais, l’individuation propre à l’événement qui ne passe plus par les personnes ni les états de choses. (…)

Et c’est là qu’i a une espèce de, à la lettre, quel que soit l’événement qui nous arrive, il y a quelque chose qu’il faut bien appeller “la splendeur d’un événement“, il déborde toute effectuation. Comme s’il avait un “en plus”, un surcroït. Bon. Quelque chose qui déborde l’effectuation par les choses, dans les choses et par les personnes. C’est ça que j’appellerai la sphère la plus profonde de l’événement. (…)

Vous voyez, où je veux en venir, à ce moment-là, on comprend mieux les phrases de Bousquet où il dit, “le problème, c’est être digne” – alors là c’est toute sa morale à lui, “être digne de ce qui nous arrive” – quoi que ce soit qui nous arrive, que ce soit bon ou mauvais, il a presque penser même – ceux qui savent un peu – à la morale stoïcienne, elle prend une autre allure, la morale stoïcienne. Accepter l’événement. Qu’est-ce que ça veut dire ? Accepter l’événement, ça veut pas dire du tout se résigner : “mon Dieu, tu as bien fait”, c’est pas du tout chez les stoïciens. Je crois qu’ils avaient une idée, c’est pas par hazard, que les stoïciens c’est les premiers chez les Grecs qui font une théorie de l’événement, et qu’il l’a poussé très très loin de l’événement. Et ce qu’ils veulent dire précisément ça, que dans l’événement, il y a quelque chose qui nous appelle dans leur langage à eux ou il y a quelque chose qu’ils appellent “l’incorporel”. L’événement, à la fois, s’effectue dans les corps, et n’existe pas s’il ne s’effectue pas dans les corps, mais en lui-même, il contient quelque chose d’incorporel.

“Ma blessure existait avant moi, je suis né pour l’incarner”. C’est-à-dire, oui, elle s’effectue en moi mais elle contient quelque chose par qui ce n’est plus « ma » blessure. C’est « il » blessure.

Bon, on retombe dans Blanchot. Vous comprenez? D’où “Être digne de ce qui nous arrive”. Quoi que ce soit, que ce soit la merde, que ce soit une catastrophe, que ce soit un grand bonheur, il y a des gens qui vivent sur le mode, ils sont perpetuellement indignes de ce qui leur arrivent. Que ce soient les souffrances, que ce soient les joies et les beautés. Je crois que ce sont des personnologues. Je crois que c’est ceux qui centrent, qui font le centrage sur la première ou la seconde personne, c’est ceux qui ne dégagent pas la sphère de l’événement.

Bon. Être digne de ce qui nous arrive, c’est une idée très curieuse, ou c’est un vécu très très curieux. C’est-à-dire ne rien médiocriser, quoi. Il y a des gens qui médiocrisent la mort. Il y a des gens qui médiocrisent leur propre maladie, pourtant ils ont des maladies. Je sais pas, oui, ils ont des maladies événements. Ben, il y a des gens qui rendent tout sale, comme le type qui écrit “suicidez vous”. Voilà une formule de médiocrité fondamentale. C’est pas quelqu’un qui a un rapport avec la mort, absolument pas les gens qui ont un rapport avec la mort. Ils ont au contraire un culte de la vie…. qui est autre chose et ils ne font pas les petits cons comme ça. Alors, bon, comprennez? C’est ça être digne ce qui arrive, c’est dégager, dans l’événement qui s’effectue en moi ou que j’effectue, c’est dégager la part de l’ineffectuable

– Deleuze, fin du dernier cours à la faculté expérimentale de Vincennes, 03/06/1980.