Nous sommes de la musique pure

«La substance ne se définit pas par une essence, elle se définit par et comme la source active de ses propres modifications, source de ses propres manières. La substance n’a pas d’essence, elle est source de ses manières d’être. Une chose se définit par toutes les manières d’être dont elle est capable, la substance de la chose étant la source de ses manières d’être. Ce qui implique, que vous le vouliez ou non, que la substance soit inséparable des manières d’être elles-mêmes. En d’autres termes elle ne pourra pas être séparée de ses modes sinon abstraitement. (…) Tout est événement, c’est ça le maniérisme. La production d’une manière d’être est évènement. (…)

Qu’est-ce que c’est que le plaisir? Au sens le plus précis et le plus profond du mot, le plaisir c’est la contraction d’une vibration. Vous trouverez un beau texte de Leibniz sur la musique “comme étant issue d’un calcul inconscient“, le calcul portant sur la vibration de l’onde sonore, “Principes de la Nature”: la musique nous charme quoique sa beauté consiste dans les convenances des nombres, et dans le compte dont nous ne nous apercevons pas”. À la lettre, c’est en contractant le nombre que nous atteignons au plus haut plaisir, c’est à dire le plaisir d’être soi-même. Et qu’est-ce que nous sommes, nous vivants, dans notre organisme, au plus profond de notre organisme, et qu’est-ce qui fait que, même malade nous avons – ou nous pouvons avoir si nous savons trouver, aller jusqu’à ce point de nous-mêmes, cette joie d’être? Qu’est-ce que c’est cette joie d’être par rapport à quoi les pleurnicheries sont des misères? Cette joie d’être ce n’est rien d’autre que ce qu’on appelle plaisir, c’est à dire l’opération qui consiste à contracter les éléments dont nous sommes issus. Et moi, corps, qu’est-ce que c’est avoir un corps?
Si je préjuge de ce qui nous reste à faire, qu’est-ce que c’est d’avoir un corps sinon contracter ces séries vibratoires? Qu’est-ce que c’est qu’avoir un corps sinon contracter quoi? Des choses misérables ou grandioses, c’est à dire des choses qui ont toujours été des Dieux, à savoir contracter l’eau, la terre, les sels, le carbone dont nous sommes issus. Et nous nous remplissons de nous-mêmes en nous retournant vers ces séries que nous contractons. C’est le self-enjoyment. C’est ce qu’on appellera le calcul inconscient de tout être. En ce sens nous sommes de la musique pure. Et si nous sommes de la musique pure c’est sous cet aspect, c’est le self enjoyment. D’où nous nous apercevons peut-être que dans l’histoire de qu’est-ce qu’un évènement le concert est tout ce que vous voulez, sauf une simple métaphore.
Pour en finir, pour en finir avec les bêtises sur l’optimisme de Leibniz. Car il est bien connu et s’il y a une formule qui est passée dans la postérité, concernant Leibniz, c’est l’idée que notre monde était le “meilleur des mondes possibles”. vous savez ce qui s’est passé: Lisbonne subit, à une certaine date, un célèbre tremblement de terre. Et ce tremblement de terre, si bizarre que ce soit, a eu un rôle dans l’Europe dont je ne vois d’équivalent que dans les camps de concentration nazi, à savoir: la questions qui a retenti après la guerre: comment est-il possible de croire encore en la raison une fois dit qu’il y a eu Auschwitz, et que un certain type de philosophie devenait impossible, qui avait pourtant fait l’histoire du dix-neuvième siècle. Il est très curieux que au dix-huitième siècle, ce soit le tremblement de terre de Lisbonne qui assume quelque chose de cela, où toute l’Europe s’est dite: comment est-il encore possible de maintenir un certain optimisme fondé sur Dieu. Vous voyez, après Auschwitz retentit la question: comment est-il possible de maintenir le moindre optimisme sur ce qu’est la raison humaine. Après le tremblement de terre de Lisbonne, comment est-il possible de maintenir la moindre croyance en une rationalité d’origine divine?
Ca donnera le texte célèbre de Voltaire contre Leibniz, à savoir le petit roman “Candide”, où il y a le jeune niais endoctriné par un professeur de philosophie, et tous les malheurs lui arrivent: guerres, viol de sa fiancée, abominations de toutes les espèces, c’est un catalogue de toutes les abominations humaines, et il y a le professeur qui explique à Candide toujours, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Ce texte de Voltaire est un véritable chef d’œuvre. Donc il ne s’agit pas de dire que Voltaire s’est trompé, parce que comprenez, la grandeur du livre de Voltaire c’est qu’il est en train de remanier un certain nombres de problèmes, y compris en passant par ce roman, tels que y compris le problème du bien et du mal, ne peut plus être posé comme il l’était encore un siècle avant. Je crois que c’est la fin des heureux et des damnés. Il faut bien dire que jusqu’à Leibniz, y compris le problème du bien et du mal a été posé dans les termes: les heureux et les damnés. Avec voltaire, avec le I8° siècle, à partir de 1755 ça sera posé autrement. Alors qu’est-ce qui mettra un nouveau mode de pensée quant au mal et à l’existence du mal?
Donc je ne veux pas du tout dire que Voltaire c’est de la littérature; Candide fait partie des oeuvres a la fois de littérature et de philosophie ayant la plus grande importance. ce que je veux chercher, et ça n’exclut rien de Candide, c’est qu’est-ce qu’il en était de l’optimisme de Leibniz?
Et c’est vrai que c’était un optimisme fondé sur une rationalité divine; il n’y a pas à revenir là-dessus. Mais ce qui m’intéresse c’est que, même de ce point de vue, il ne faut pas penser que les théologiens de l’époque se disaient: ha bien oui, tout ce qui se passe de mal, les morts d’innocents, les guerres, les atrocités, ils avaient leur compte. Ils n’ont pas attendu le tremblement de terre de Lisbonne. Ce qui est très curieux c’est que le tremblement de terres de Lisbonne est arrivé à un moment ou la pensée, et sa manière de considérer la question du mal, était déjà en train de changer. Alors il a donné tout son effet. Mais auparavant les catastrophes et abominations à la fois et de Dieu et de l’homme étaient bien connues. Si bien que dans l’histoire de l’optimisme chez Leibniz, j’insiste sur ceci, c’est que, il faudrait distinguer deux optimismes corrélatifs. un optimisme subjectif et un optimisme objectif. Je veux dire l’optimisme objectif c’est: ce monde est le meilleurs des mondes possibles, pourquoi? ça renvoie à la compossibilité. Je ne reviens pas là-dessus. Ca renvoie à la notion objective de compossibilité, à savoir: il y a des séries de singularités qui se prolongent les unes dans les autres, si vous vous rappelez, et puis il y a des points de divergence. Il y aura donc autant de mondes que de divergences, tous les mondes étant possibles, mais ils sont incompossibles les uns avec les autres. Donc Dieu a choisit un de ces mondes. Et la réponse c’est que Dieu ne pouvait choisir que le meilleurs; ça ne va pas plus loin: le meilleurs. Tout se retourne, est-ce qu’il faut dire: ce monde est parce qu’il est le meilleurs ? Certains textes de Leibniz vont dans ce sens. Ou est-ce qu’il faut dire le contraire: ce monde est le meilleurs parce qu’il est et parce que c’est lui qui est. Mais l’optimisme objectif ne peut recevoir, il me semble,-ne contient pas sa raison en lui-même, il implique une raison venue d’ailleurs et qui ne peut être donnée que par l’optimisme subjectif.

Qu’est-ce que c’est l’optimisme subjectif? C’est le self-enjoyment.
Quelque soit l’abomination du monde, il y a quelque chose qu’on ne pourra pas vous retirer et par quoi vous êtes invincible: ce n’est surtout pas votre égoïsme, ce n’est pas votre petit plaisir d’être “moi”. C’est quelque chose de bien plus grandiose que précisément Whitehead appelle le self-enjoyment. C’est à dire cet espèce de cœur vital où vous contractez des éléments, que ce soit les éléments d’une musique, les éléments d’une chimie, des ondes vibratoires, etc… Et devenez vous-mêmes en contractant ces élément et en vous retournant vers ces éléments. Ce sera ce type de joie, de joie du Devenir, c’est cette joie du Devenir soit que vous trouvez dans toutes les pensées de type vitaliste. Or, vous vous rappelez: “que cette joie grandisse!”, voilà la formule de l’optimisme subjectif. C’est à dire qu’elle devienne la joie de plus en plus de gens. Et ça ne veut pas dire que le monde ira mieux, ça ne veut pas dire qu’il y aura moins d’abominations. C’est autre chose. Il ne s’agit pas de dire que les abominations vont me laisser indifférent. Sur tous ces points Leibniz s’est merveilleusement exprimé dans le texte auquel je vous renvois et qu’on a déjà beaucoup utilisé: “La profession de foie du philosophe”. Être content du monde, nous dit-il; ça ne veut pas dire du tout: soigner son égoïsme. C’est trouver en soi la force de résister à tout ce qui est abominable. Trouver en soi la force de supporter l’abominable quand il vous arrive. En d’autres termes, le self-enjoyment c’est: être digne de l’événement. Savoir ou arriver à être digne de l’événement, qui peut dire d’avance: je serais digne de l’événement qui m’arrive. Quelque soit l’évènement, que ce soit une catastrophe ou que ce soit un amour, il y a des gens qui sont indignes des événements qui leur arrivent, même quand ce n’est pas des événements prodigieux. Être digne de ce qui arrive! C’est un thème qui courre la philosophie. Si la philosophie sert à quelque chose c’est à ce genre de chose: nous persuader, pas nous apprendre, nous persuader que c’est un problème, qu’il faut savoir, qu’il vaut mieux savoir être digne de ce qui vous arrive, que ce soit un grand malheur ou que ce soit un grand bonheur. Parce que si vous arrivez à être digne de ce qui vous arrive, à ce moment là vous saurez très bien ce qui est inimportant dans ce qui vous arrive, et ce qui est important.
En d’autres termes, qu’est-ce qui est important dans un événement? Qu’est-ce qui n’a aucune importance dans un événement? Ce n’est pas forcément ce qu’on croit. Il faut déjà toute cette Ethique de la signité. Être digne de ce qui arrive, c’est ça le vitalisme. Chez Leibniz, prenez toute la fin de “La profession de foie du philosophe”, c’est ça. Or vous vous rappelez l’idée de Leibniz, c’est que: Dieu merci qu’il y a des damnés, car les damnés ayant rétrécis la région qui leur est dévolue, ayant rétrécis leur département (vous vous rappelez: la petite région claire qu’ils exprimaient) parce qu’ils ont vomis Dieu. Dès lors ils ont renoncé à cette région claire. Les damnés étant tombés dans une extrême confusion par haine de Dieu, c’est une idée qui me parait sublime, celle du damné: ça donne envie de l’être. Ils on fait ça, et dès lors c’est grâce à eux: ils ont laissé de fantastiques quantités de joie virtuelle inutilisée. Emparons-nous de ces joies, emparons nous de ces enjoyments vides, non remplis. Il faut se les approprier. Alors les damnés seront furieux de voir que leur damnation nous sert, et sert à quelque chose. Oui, la damnation sert à augmenter la quantité totale de self-enjoyment de l’ensemble de ceux que ne sont pas damnés ou pas encore damnés. (…)

C’est bien connu que la philosophie de Whitehead repose sur deux grandes notions, il a deux grand concepts: les occasions actuelles et les objets éternels. Les objets éternels on en a pas dit un mot. Je procède très vite, les occasions actuelles vous vous rappelez ce que c’est, c’est les événements. C’est les évènements en tant que, à la fois, ils sont conditionnés par des séries, par des séries vibratoires, et composés par les éléments préhensifs, les éléments de préhension. C’est ça ce qui nous donne l’événement. Mais c’est curieux parce que, là-dedans il n’y a rien qui subsiste. Les vibrations, elles ne cessent pas de passer. Si je pense à ce que je ne peux pas encore penser, puisque c’est notre troisième partie, si je pense au corps. Là je saute de Whitehead à Leibniz, mais je vous implore, puisque nous parlons de leur communauté. Paragraphe 71 de la Monadologie:” Il ne faut point s’imaginer avec quelques uns qui avaient mal pris ma pensée (il dénonce un contresens sur sa pensée- donc nous on a plus besoin de le faire) que chaque âme a une masse, ou portion de matière propre, ou affectée à elle pour toujours”. En d’autres termes, quand je vous parlerais des corps, n’allez pas croire – nous dit Leibniz – que chaque âme a un corps qui lui appartient. Et pourquoi? “Car tous les corps sont dans un flux perpétuel comme des rivières (il connaît la phrase d’Héraclite), et des parties (des corpuscules) y entrent et en sortent continuellement”. Les ondes vibratoires c’est pareil. (…) L’objet éternel c’est ce que je reconnais comme le même à travers une pluralité d’évènements ou d’occasions actuelles. Je dis: c’est la grande pyramide. Ha oui voilà la grande pyramide! Vous sentez qu’il y avait quelque chose que les événements, les occasions actuelles n’expliquaient pas. Comment est-ce que je peux dire que c’est la même grande pyramide? Ha c’est la grande pyramide. Hé oui, elle n’a pas bougé! Ha t’as pas vieilli, PIerre! Pierre tu n’as pas vieilli, c’est toi. Je te reconnais. Je ne dis pas: une onde succéde à une autre onde, je ne dis pas: Pierre succède à Pierre. Je dis: c’est toi, Pierre. Je dis: salut O grande pyramide! C’est tout ce type de propositions dont il faut rendre compte. Objets éternels et non plus occasions actuelles.

Et le vocabulaire de Whitehead va se faire très beau, très poétique. Il a défini l’événement comme une concrescence. A votre choix c’est une concrescence de séries qui le conditionnent, ou concrescence de préhensions qui le composent. Tout événement est une concrescence. Mais les objets éternels il va les définir comme des ingressions : l’objet éternel fait ingression dans l’événement. Et c’est dans cette ingression de cet objet éternel que je peux dire: c’est la grande pyramide! C’est un “si”! Ha le “si”, tu l’as entendu! Ha ce bleu de Prusse! ce bleu trés particulier qui n’est même pas du bleu de Prusse, qu’on ne trouve que , tu l’as vu. Voilà l’objet éternel qui fait ingression dans et qui fait que: les ondes succédant aux ondes, vous dites: mais c’est la même chose. Seulement vous ne dites pas “c’est la même chose” de l’onde qui est complètement la même; vous dites c’est la même chose d’un certain type d’objet que vous allez appeler: objets internels en tant qu’ils font ingression dans les événements.
Et vous voyez, non sans coquetterie que Whitehead pourra se réclamer de Platon en disant: ha bien oui, les objets éternels c’est à peu prés ce que Platon appelle les Idées. Seulement chez lui les objets éternels ne sont rien d’autre que les composantes de l’événement en tant qu’elles font ingression dans l’évènement.
Qu’est-ce que ce sera ces objets éternels? (…) Définir les objets éternels. Comment est-ce qu’il définit les objets éternels, Whitehead? il dit: ce sont des déterminabilités ou des potentialités. pourquoi? Parce que en effet ils ne s’actualisent que dans les événements: la petite phrase de Vinteuil n’est qu’une potentialité qui ne prend une existence actuelle que dans une occasion actuelle, c’est à dire lorsqu’elle est exécutée. Sinon c’est une pure potentialité. N’empêche que, comme potentialité, elle a une pleine existence individuelle. C’est trés important tout ça. Pour vous habituer à ce mode de pensée il faut que vous jouiez avec lui: “ce vert!” est une pure potentialité. Imaginez: le monde est hanté de potentialités. Qu’est-ce que c’est un fantôme?
Combien de petites phrases se baladent dans le monde, qui n’ont pas été actualisé et ne le seront peut-être jamais. Et quel est leur mode d’existence, est-ce qu’il y en a? Il faudrait rêver là-dessus.
De toutes façons c’est très insuffisant. On ne peut pas définir les objets éternels comme de simples formes de recognition. ça ne suffit pas. Comme Whitehead est avant tout physicien-mathématicien, il ne s’en tient pas là. Un électron ce n’est pas une forme de recognition, c’est tout à fait autre chose. Encore une fois il y a l’électron, particule portée par une onde, ça c’est l’electron-occasion actuelle. Puis il y a l’electron-objet éternel. Du coup les choses sont dédoublées chez lui. Vous avez l’objet éternel qui fait ingression dans l’événement et l’évènement avec ses composantes. (…)
On prend l’exemple d’une pièce musicale: ça commence par quoi. Qu’est ce que c’est que le noyau, avant même que la pièce n’existe? C’est quoi? Ce qu’il y a, mais là je m’avance pour mon compte. Je dirais: vous savez, à la base de tout dans la musique il y a la ritournelle. La base c’est une petite ritournelle. On me dira où elle est la petite ritournelle? Elle peut être dans l’air. Elle n’est pas humaine, elle peut être cosmique. ça peut être une petite ritournelle là-bas, dans une galaxie lointaine. Une petite ritournelle, tout commence par là. (…) La préhension d’un objet éternel, quand c’est Mahler qui préhente la petite ritournelle, ce n’est pas la même chose que quand c’est vous ou moi. Parce que, sans parler de son génie propre, il appréhende déjà à travers toute une armature technique, en tous cas que certains d’entre vous ont, mais que moi je n’ai pas. Déjà ces préhension sont différentes. (…) Par exemple un mouvement, vous voyez deux enfants qui marchent d’une certaine façon: ils n’ont pas besoin de chanter pour que ce soit une petite ritournelle.
Voilà, c’est ça. L’objet éternel, si vous essayé de définir son xxxxx, c’est la petite ritournelle. Préhension, c’est un premier niveau d’actualisation. Préhension non pas de la préhension, mais de l’objet éternel. Vous voyez, à chaque fois c’est fourchu: ma préhension de la petite ritournelle renvoie à d’autres préhensions, ça c’est l’aspect occasion actuelle. Et d’autre part, elle est préhension de l’objet éternel, de la petite ritournelle qui se ballade dans l’air. Mais si vous me dites: mais d’où elle vient? Je ne vous le dirais pas. Personne n’a envie de demander ça! Il y a des philosophie où il y a des raisons de demander ça, mais pas là, il n’y a aucune raison de demander: d’où vient la petite ritournelle. A ce moment là on répond par des injures, un coup de bâton. Un coup de bâton c’est aussi une petite ritournelle. Donc on aura répondu comme il fallait.»

– Deleuze, 07/04/1987.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s