Salut et santé

«La santé c’est la vie dans le silence des organes»

René Leriche, “De la santé à la maladie, la douleur dans les maladies, où va la médecine?” in Encyclopédie française, VI, 1936.

.

«La santé a remplacé le salut»

– G. Canguilhem, “Le normal et le pathologique”, PUF, Paris, 1991.

«Foucault used this quote more than once. For example, he also mentioned it during a discussion that followed the lecture he gave at the Seventh International Philosophical Colloquium of the Cahiers Royaumont, in July 1964, which was later published as “Nietzsche, Freud, Marx”. Here’s how it originally appeared in the “Proceedings” published in 1967:

Je pense en effet que le sens de l’interprétation, au XIXe siècle, s’est certainement rapproché de ce que vous entendez par thérapeutique. Au XVIe siècle, l’interprétation trouvait plutôt son sens du côté de la révélation, du salut. Je vous citerai simplement une phrase d’un historien qui s’appelle Garcia: «de nos jours –dit-il en 1860– la santé a remplacé le salut». (Dits et Écrits, §46)

(…)

Foucault once more used the quote about health and salvation while answering questions from readers of the French journal Esprit in 1968:

Première hypothèse: c’est la conscience des hommes qui s’est modifiée (sous l’effet des changements économiques, sociaux, politiques); et leur perception de la maladie s’est trouvée, par le fait même, altérée: ils en ont reconnu les conséquences politiques (malaise, mécontentement, révoltes dans les populations dont la santé est déficiente); ils en ont aperçu les implications économiques (désir chez les employeurs de disposer d’une main-d’oeuvre saine; désir, chez la bourgeoisie au pouvoir, de transférer à l’État les charges de l’assistance); ils y ont transposé leur conception de la société (une seule médecine à valeur universelle, mais avec deux champs d’application distincts: l’hôpital pour les classes pauvres; la pratique libérale et concurrentielle pour les riches); ils y ont transcrit leur nouvelle conception du monde (désacralisation du cadavre, ce qui a permis les autopsies; importance plus grande accordée au corps vivant comme instrument de travail; souci de la santé remplaçant la préoccupation du salut). (“Réponse à une question”, Esprit, no 371, mai 1968, pp. 850-874; in Dits et Écrits, this text is item no. 58)

(…)

Canguilhem had a significant influence on Foucault’s work –as Foucault aknowledge himself on numerous occasion in his text “Réponse à une question” quoted above. Canguilhem was also the supervisor (“rapporteur”) for Foucault’s doctoral thesis (“thèse majeure du doctorat d’État”), Folie et déraison: Histoire de la folie à l’âge classique, which was first published in 1961 (Paris: Plon).

In Canguilhem’s thesis from 1943, titled Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique, one can read what follows:

En cette théorie se fait jour, tout d’abord, la conviction d’optimisme rationaliste qu’il n’y a pas de réalité du mal. Ce qui distingue la médecine du XIXe siècle, surtout avant l’ère pastorienne, par rapport à la médecine des siècles antérieurs, c’est son caractère résolument moniste. En dépit des efforts des iatromécaniciens et des iatrochimistes, la médecine du XVIIIe siècle était restée, par l’influence des animistes et des vitalistes, une médecine dualiste, un manichéisme médical. La Santé et la Maladie se disputaient l’Homme, comme le Bien et le Mal, le Monde. C’est avec beaucoup de satisfaction intellectuelle que nous relevons dans une histoire de la médecine le passage suivant: «Paracelse est un illuminé, Van Helmont, un mystique, Stahl, un piétiste. Tous les trois innovent avec génie, mais subissent l’influence de leur milieu et des traditions héréditaires. Ce qui rend très difficile l’appréciation des doctrines réformatrices de ces trois grands hommes, c’est l’extrême difficulté qu’on éprouve quand on veut séparer leurs opinions scientifiques de leurs croyances religieuses… Il n’est pas bien sûr que Paracelse n’ait pas cru trouver l’élixir de vie; il est certain que Van Helmont a confondu la santé avec le salut et la maladie avec le péché; et Stahl lui-même, malgré sa force de tête, a usé plus qu’il ne fallait dans l’exposé de La vraie théorie médicale, de la croyance à la faute originelle et à la déchéance de l’homme» [48, 311]. Plus qu’il ne fallait! dit l’auteur, précisément grand admirateur de Broussais, l’ennemi juré, à la naissance du XIXe siècle, de toute ontologie médicale. Le refus d’une conception ontologique de la maladie, corollaire négatif de l’affirmation d’identité quantitative entre le normal et le pathologique, c’est d’abord peut-être le refus plus profond d’avérer le mal. (Clermont-Ferrand: Impr. “La Montagne”, 1943, p. 58; the quote appears in Part One, Section V: “Les implications d’une théorie”)

The number “48” which follows the long quote used by Canguilhem is a reference to the bibliography at the end of his book, while “311” is the relevant page in the document being referenced. In this case, the reference points towards Histoire de la médecine d’Hippocrate à Broussais et ses successeurs by José Miguel Guardia (Paris: Octave Doin, 1884).»

Source.

«Le développement de la Sécurité Sociale, le progrès médical, la médiatisation ont modelé le rapport de la population à la santé: celle-ci est devenue une valeur (la santé a remplacé le salut), une norme (« c’est pas normal d’être malade »), un droit à être non seulement soigné, mais guéri; droit à la sécurité (tout accident financièrement réparé), droit à l’enfant (parfait de surcroît), etc.» – Source

«Sève :
Un ophtalmologiste nous rapportait l’autre jour qu’aux États-Unis, des patients commenceraient à être demandeurs de chirurgie réfractive pour obtenir une vision.supérieure à la normale. C’est, semble-t-il, d’usage courant aux États-Unis car très utile au golf !

Pascal Bruckner :
Mais c’est aussi le cas du Viagra, déjà utilisé par les gens qui ne souffrent pas d’impuissance, mais au motif qu’il est devenu une « garantie de performance ». Le médicament censé normalement pallier des déficiences devient le placebo de ceux qui vont bien ! On n’est plus en quête d’une simple norme, qui inclut défaillances, creux, dépressions, passages à vide, mais d’une « super-norme ». L’idée que nous nous faisons de la santé est bâtie sur l’image d’un « surhomme » inoxydable. Selon ce système, on est toujours en état de soin puisque, la mécanique biologique étant faillible par nature, c’est cette fragilité qu’il convient de combattre.»

– Bruckner, Pascal, Tabuteau Didier, Durand Jean-Pol, « C’est la vie entière qui est devenue comme une maladie…. », 6/11/2003, Les Tribunes de la santé 1/2003 (no 1) , p. 105-111
URL : http://www.cairn.info/revue-les-tribunes-de-la-sante-2003-1-page-105.htm.
DOI : 10.3917/seve.001.0105.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s