Comment dépasser la ‘condition humaine’ et retarder l’entropie

«Dans la première partie de cet ouvrage, Bergson veut présenter la philosophie et montrer la nécessité qu’il y a de la concevoir comme philosophie génétique. Il s’en prend là à quelque chose d’essentiel dans la philosophie. (…)

… le vivant est un système naturel, c’est à dire qui dure, alors que l’inerte est un système artificiellement, c’est-à-dire approximativement clos. Le premier, au contraire, n’est pas clos mais ouvert. (…)

Le vivant est un petit « tout ». Est-ce là une idée héritée du platonisme ? Non, car Platon compare le Tout au vivant alors que c’est l’inverse pour Bergson. (…)

Le vivant n’est pas un système fermé (il n’y a pas de finalité, sinon externe, pour Bergson) : il a une tendance à s’individualiser mais sans y réussir jamais. C’est cet échec à l’individualisation qui caractérise le vivant. (…)

Il n’a jamais lié la vie à une intériorité, à une finalité interne. S’il y a une finalité, elle ne peut être qu’externe, car le système du vivant n’est jamais clos. (…)

Sa philosophie est une philosophie de la Vie. (…)

La Durée ne devient en fait conscience de soi que dans le cerveau humain. (…)

Bergson affirme que la genèse philosophique n’a pas été comprise avant lui. On l’a faite de deux manières, qui ne sont d’ailleurs pas rigoureusement identiques, quoique vaines toutes deux.

1 / d’une part, la genèse de la matière faite à partir de l’Intelligence. (…);
2 / d’autre part, la genèse de l’Intelligence à partir de la matière. (…)

C’est cela, dans sa critique, que Bergson fait porter sur trois temps.

1/ La psychologie (…)
2/ La cosmologie matérialiste (…)
3/ La métaphysique (…)

Bergson se pose comme l’anti-Kant. Pour Kant – dit Bergson – on voit les choses
dans les formes qui viennent de nous. (…)

LA SOLUTION BERGSONIENNE (…)

La philosophie n’a rien à voir avec une assomption, une réalisation de la condition humaine. Elle doit « dépasser » celle-ci. (…)

Ce dépassement consiste précisément à se replacer dans le Tout conscience universelle. (…)

C’est l’humanité comme espèce qui doit transcender la condition humaine. Pourquoi? Parce que la philosophie est affaire de perception. (…)

Le tort des penseurs avant Bergson, c’est d’avoir cru que la philosophie vise le concept, est individuelle. (…) Erreur, dit Bergson. (…)

Bergson va opérer sa genèse en nous disant que la genèse de l’Intelligence, de la Matière et de l’Espace ne fait qu’un avec le mouvement de détente par lequel le Tout contracté au maximum se décontracte. (…)

Bergson distingue Métaphysique, Science et Épistémologie. Il prétend qu’avant lui on a toujours eu des idées fausses sur la métaphysique et l’épistémologie. On a constitué les deux sur le modèle de la Science. (…)

La Science : métaphysique de la Matière.
La Métaphysique : science de la Durée. (…)

Il ne faut pas penser que l’intuition bergsonienne soit alors quelque chose de sentimental. Elle est une méthode et a deux avantages :
1 / elle seule permet de poser les problèmes en termes de temps : c’est son côté positif ;
2 / grâce à elle on peut séparer les vrais des faux problèmes : c’est son côté négatif. (…)

Le vrai problème n’est donc pas celui de l’ordre et du désordre, mais celui de la différenciation de l’ordre.
Bergson n’aime pas dire qu’un possible se réalise, mais préfère la formule : un virtuel s’actualise. (…)

D’un côté, il y a un ordre géométrique, automatique, involontaire; de l’autre, un ordre virtuel, volontaire, vivant (artistique). (…)

— L’ordre géométrique se présente comme une association et une addition d’éléments. Il donne une division de plus en plus poussée des parties. Les rapports entre celles-ci sont de plus en plus complexes.

— L’ordre vital ne sera jamais dit final, parce que la finalité, c’est la même chose que le mécanisme, car elle suppose elle aussi que tout est donné et nie par là même la réalité du temps. Le mécanisme met tout dans le passé, et la finalité tout dans l’avenir. Tous deux se donnent au départ le passé et l’avenir. La finalité, comme le mécanisme, ne rend pas compte de la réalité du temps dans le temps.

L’ordre vital va du centre à la périphérie, alors que l’ordre géométrique va de la périphérie au centre. L’ordre automatique est un ordre de fabrication, et l’ordre vital un ordre d’explosion. Il procède par dissociation et dédoublement ; il ne fait qu’un avec le mouvement de la différentiation, c’est un centre qui explose en donnant deux directions.

Pourtant, on confond souvent ordre vital et ordre géométrique. (…)

Les philosophes ont toujours confondu les deux répétitions : il y a ceux qui ont fondé tout sur la répétition physique : la science depuis Galilée ; ceux qui ont tout fondé sur la répétition vitale : la science grecque. (…)

L’un des deux ordres est purement négatif : le géométrique. Cet ordre est automatique, et il apparaît automatiquement dès que l’ordre vital cesse, s’interrompt. (…)

Nous retrouvons donc le problème essentiel du chapitre III. Comment concilier deux ordres différant en nature, et dire en même temps que l’un n’est que l’interruption de l’autre ? (…)

L’ordre géométrique n’est que l’interruption de l’ordre vital.

Mais alors, pourquoi n’avons-nous pas une claire conscience de ce phénomène de substitution ? C’est que, coïncider avec la Durée nécessite toujours un effort douloureux, qui ne se prolonge pas longtemps. Cette coïncidence est une instance privilégiée de contraction. Lorsqu’on y parvient, la philosophie a rempli sa fonction. Alors, on a dépassé la « condition humaine ».

Celle-ci exprime le fait pour nous d’éclore dans un monde tout fait. Or un monde va toujours, par définition, dans le sens de la détente de la Durée. En vertu de la condition humaine qui est détente, il nous est difficile de comprendre ce que signifie « créer », notion qui est essentielle à la réflexion philosophique. La création artistique elle-même ne donne qu’un succédané de ce qu’implique la notion de création. Car nous naissons dans un monde tout fait. L’approximation que nous avons de l’idée de création, c’est lorsque nous retardons le mouvement de détente du monde. Ou plus exactement d’un monde car Bergson admettait la pluralité des mondes : chacun correspondant à un moment de détente de la durée. Ce qui intéresse Bergson dans un tableau c’est moins la couleur que la ligne, ce que celle-ci retient du mouvement, ce que le dessin spatial récupère du mouvement.

Aussi Bergson veut-il amener une nouvelle conception du concept de création. (…) Il s’agit de montrer, pour lui, que la vie est ce qui retarde le mouvement de détente. (…)

Les savants se sont attachés à déceler la tendance à l’égalisation (phénomène de l’entropie). (…)

D’autres disent qu’il y a un mouvement qui va dans le sens inverse de la dégradation, et qu’on assiste à une reconcentration de l’énergie. (…)

Bergson (…) admet pour sa part le mouvement de reconcentration, mais celui-ci doit être cherché dans la Durée de l’univers, c’est-à-dire dans le vivant. Car c’est celui-ci qui retarde le mouvement de dégradation de l’énergie.

Comment la vie peut-elle ainsi « retarder »?

Bergson distingue dans la vie ce qui est nécessaire de ce qui est contingent. La Vie se définit par :

1 / de l’emmagasinement d’énergie, d’explosifs ;
2 / par ce qui fait détonner ceux-ci.

Elle ne peut lutter contre les dégradations, mais elle la retarde en accumulant. Elle ne peut lutter car il faut du temps pour accumuler, et que le temps est déjà détente. Pour comprendre le processus, il faut faire intervenir la loi de différentiation vitale : dans chaque direction de la vie, il y a un peu de l’autre car il n’y a pas de vie sans les deux à la fois. La différentiation de base est donc celle-ci :

Vie
– plus d’accumulation que d’explosion – Plante
– plus d’explosion que d’accumulation – Animal

1 / La plante accumule l’énergie solaire grâce à la fonction chlorophylienne qui lui permet de décomposer en détachant le carbone.

2 / L’animal n’a qu’à se nourrir de la plante. Il fait détonner l’énergie grâce à son système nerveux.

Le système nerveux est à l’animal ce que la fonction chlorophyllienne est à la plante. Ce qui est nécessaire c’est que, quel que soit le monde, la vie se constitue par ces deux directions. Ce qui est contingent, ce sont les explosifs choisis, les moyens de les accumuler, de les faire détonner.

Ainsi, la Vie et l’Art nous mettent dans une direction sans nous conduire au bout. Il faut remonter à partir de là à l’instance créatrice. Pour cela, il faut voir que le « créé » répond toujours à un moment de décontraction, avant que la durée se tende à nouveau.

Aussi « Dieu n’a(-t-il) rien du tout fait ». Le créateur est un mouvement (contraction), et non un être. Il en est de même pour le créé. Les créatures sont à chaque moment de cette détente.

Comment concilier cette perspective à [sic] la finitude de l’élan vital ?
À chaque instant de détente de celui-ci correspond un monde. (…)

Quelle est donc l’origine de l’individuation? C’est cette résistance de la Matière qui s’oppose à la vie.

Le problème que pose le 3e chapitre intéresse la pensée de Bergson et pèse sur tout son système philosophique. Sa pensée se développe sur trois niveaux, simultanés. On retrouve ces plans dans chacun de ses ouvrages, mais avec des valeurs différentes selon le point de vue.

1/ Plan méthodologique

C’est celui du rapport de l’intuition et de la durée. L’expérience, dit Bergson, ne présente jamais que des mixtes, pas de pureté. C’est le rôle de l’intuition de décomposer les mixtes, de retrouver les « purs ». Elle est une méthode de division, i.e. qu’elle doit décaler les vraies différences de nature.
L’expérience ne donne aucun « pur », car, en restant aux choses en tant que produits, elle ne donne aucune différence de nature, mais n’offre que des différences de degrés. Seules les tendances peuvent différer de nature. La méthode consiste précisément à mettre à jour ces tendances, ces « directions ».

À ce plan correspond un aspect critique :
— contre ceux qui en restent aux différences de degrés;
— contre ceux qui en restent aux chocs, aux oppositions.

De là dérive la critique des idées générales des concepts philosophiques (ex. le concept d’être). Il s’agit donc d’une critique qui porte à la fois sur la science et sur la métaphysique. (…)

2/ Nature de la différence en nature

Une fois faite celle-ci, Bergson s’aperçoit qu’elle n’est pas entre les deux directions ou tendances, mais qu’elle est unilatérale. La différence de nature est l’une des deux moitiés seulement. Ex.: la durée, c’est ce qui change à tout moment et se différencie; l’espace au contraire est ce qui n’admet pas l’hétorogénéité qualitative, mais seulement des différences de degrés. Il en va de même pour l’élan vital – matière. (…)

L’élan vital, en effet, ne dépose ses impuretés que sur un point, la vie de l’homme, sa conscience. Là, la durée s’appelle Histoire. Ailleurs, elle est la Vie, i.e. un échec ou demi-échec. Il y a une Histoire parce que le cerveau humain, par sa complexité, est un mécanisme où l’élan vital dépasse le mécanisme lui-même. (…)

3/ Le dualisme surmonté

Quelle est la différence de degrés ?
— Bergson dit : « C’est le plus bas degré de la différentiation », i.e. le plus bas degré de la durée. (…)

— La durée est donc tout. Nous avons affaire à un monisme qui conserve tous les pouvoirs de la pluralité. (…)

— Les lignes de différentiation sont les degrés de la Durée elle-même. La Durée les contient tous virtuellement. Par la différentiation – nécessité intérieure à elle – ceux-ci passent à l’acte, se réalisent.

— Il n’y a donc pas, après ce 3e plan, d’opposition entre les trois niveaux, l’idée d’une différence de degrés est acceptée, mais au sein de ce monisme, elle peut être admise sans contradiction pour le système.»

– Gilles Deleuze, “Cours sur le chapitre III de l’Évolution Créatrice de Bergson”, 1960.

Advertisements

Um bombista-suicida assim

Aquele bombista-suicida era singular. No seu olhar, ao invés de um terrível, sombrio e consciente ódio à vida, havia antes o brilho intenso e destemido de quem deseja explodir, em primeiro lugar, com a sempre presente e re-presente consciência da morte.

Como o seu alvo não era algo de vivo, não podia a sua bomba ser como essas triviais que ferem o vigor dos corpos. O que ele conspirava e forjava artificialmente era a maior bomba de todas (perto da qual, as bombas nucleares não eram senão infantis fogos-fátuos, ainda que mortíferos), aquela que ele sabia que iria rebentar com três de uma vez só: a sua própria forma, a dos seus oponentes, e ainda, e sobretudo, a do mundo total.

E isso enchia-o de uma estranha e inaudita alegria – o quanto isso era necessário, essa dinamite espiritual, em nome de um novo porvir.

A fórmula de uma bomba como essa era secreta e intransmissível, não por vontade sua, mas por requisito real do processo – na verdade, tudo o que fosse vontade sua constituía o antídoto dessa mesma fórmula. Dito de outro modo, a mera produção da bomba era já o seu suicídio, e a detonação, que tudo atingia, a anterioridade energética que tornava possível um novo começo – o Big Bang, não o de uma falsa memória de ficção científica, mas o do tempo imemorial que intuía a vida do futuro. Sim, no fundo de cada cientista, haverá um dia um bombista-suicida.

Quão lamentável não tropeçarmos em bombistas-suicidas assim a cada esquina…

A coerência do acaso

Sei que é de uma extrema pretensão pretender que se hajam desenhado certas circunstâncias só para me pôr a actuar.

A soma de coincidências tem sido tal, que me leva a acreditar que não poderia ter sido, nem um ano antes (as condições externas ainda não estavam reunidas: certa professora que se iria aposentar, entretanto substituída pelo meu Orientador na maioria dos seminários, etc.), nem um ano depois (tudo já se modificou: novo quadro de financiamento, alteração para regras de candidatura mais rígidas e apertadas).

Produziu-se naquela ocasião um Kairos muito singular, em eminente adequação à minha passagem.

Até nisso houve um empurrão do acaso, para me retirar à inércia: não foi por venalidade, mas por afecto. Um pretexto para me trazer de volta aos carris. Acaso, o mestre, o meu único mestre, que, em vaivém me vai conduzindo, completamente às cegas, mas com incrível coerência…

O homem do “entre”

Martim Moniz, figura lendária, cujo corpo, ligado ao da fortaleza, deu origem a uma nova cidade.

O homem do “entre”: entre o exterior e o interior do castelo, entre o domínio dos Cristãos e o dos Mouros, entre a vida e a morte, entre a abertura da porta e a cercadura cerrada, entre a espada e a parede…

Homem entre os homens, mas também homem à parte dos homens. Quiçá se tenha lançado no ímpeto da batalha sem medir as consequências, quiçá tenha sido empurrado por outros que premiam atrás de si – certo é que permaneceu lá, entre, para toda a posteridade. Entre – mas, ele, não entrou. Estranho aos dois mundos e expulso de ambos por forças inexpugnáveis.

Assim, Lisboa, a antiga Ulyxi-bona, bem-aventurança de Ulisses, foi de novo inaugurada a partir de um intervalo, de uma nesga, de uma fissura, em que se introduziu uma adjunção: o minúsculo corpo de Martim Moniz encravado no corpo da Grande Muralha.

Quantos Martins mais têm repetido a façanha, numa inauguração incessante além de todos os muros: sempre um enclave mais na Terra, para ser assimilado, para alargar a cintura de uma esfera, e depois outro, outro, outro, sempre esta luta sangrenta pelos interstícios, nem fora, nem dentro, mas entre.

 


“Martim Moniz”, relevo escultórico na estação do Metro com o mesmo nome, por José João de Brito.